Quels ouvrages choisir pour étudier Hermann Göring, de la guerre à Nuremberg ?
Hermann Göring fut à la fois chef de la Luftwaffe, ministre-président de Prusse, responsable du Plan de Quatre Ans et l'un des principaux accusés à Nuremberg. Son parcours éclaire la formation du pouvoir nazi, la conduite de la guerre aérienne et les mécanismes économiques de la persécution. Les livres sur Hermann Göring exigent toutefois un tri attentif, car plusieurs récits anciens reprennent ses propres justifications. Une bonne sélection croise une biographie solide, des travaux sur le régime et les archives du tribunal international. Elle évite de réduire cet acteur à son goût de la mise en scène ou à sa dépendance à la morphine.
- La biographie de François Kersaudy offre le point d'entrée français le plus complet pour suivre l'ascension, l'exercice du pouvoir et la chute de Göring.
- Les synthèses sur le Troisième Reich replacent ses fonctions militaires et économiques dans la chaîne de décision autour d'Hitler.
- Les journaux et entretiens de Nuremberg permettent de lire ses stratégies de défense, à confronter aux pièces du procès.
- L'enquête de Jean-Marc Dreyfus sur son catalogue d'art documente précisément les spoliations et le marché organisé des œuvres volées.
- Un parcours efficace commence par une biographie, poursuit avec l'histoire du régime, puis aborde le procès et les pillages.
Les biographies de Hermann Göring posent les bases du parcours
La biographie de référence sur Hermann Göring est celle de François Kersaudy, Hermann Göring. Le deuxième homme du Reich. Publié chez Perrin, ce volume ample suit le combattant de 1914-1918, le militant national-socialiste blessé lors du putsch de 1923, puis le dignitaire qui accumule les charges après janvier 1933. L'auteur exploite les archives allemandes, britanniques et américaines, tout en restituant les rivalités internes du pouvoir.
L'intérêt du livre tient à son refus de séparer le personnage public de ses responsabilités. Göring préside le Reichstag, crée la police politique prussienne avant son transfert à Heinrich Himmler, puis dirige le programme de réarmement. Il participe aussi à la politique antisémite. Le 12 novembre 1938, il préside la réunion qui organise l'amende collective imposée aux Juifs après la Nuit de cristal.
Pour une lecture plus courte, une synthèse sur les chefs nazis peut suffire à situer les fonctions successives. Elle ne remplace pas une étude suivie. Les épisodes de rupture, comme l'échec de la Luftwaffe face au Royaume-Uni ou sa disgrâce en avril 1945, prennent leur sens dans la durée.
Le rôle de Göring dans le régime nazi dépasse le commandement de la Luftwaffe
Le rôle de Göring dans le régime nazi repose sur une concentration exceptionnelle de leviers administratifs. À partir de 1936, Hitler le charge du Plan de Quatre Ans, qui vise à préparer l'économie allemande à un conflit prolongé. Cette fonction le place au centre des arbitrages sur l'acier, le carburant synthétique, la main-d'œuvre et les importations.
Pour comprendre Hermann Göring pendant la Seconde Guerre mondiale, les travaux généraux d'Ian Kershaw ou de Richard J. Evans sont très utiles. Ils montrent les rivalités entre ministères, armée et organisations du parti. Göring conserve un poids considérable jusqu'aux revers militaires de 1942 et 1943, même lorsque son prestige s'effondre auprès d'Hitler.
Sa responsabilité ne se limite pas aux bombardements ou à l'aviation. Le 31 juillet 1941, il signe l'ordre chargeant Reinhard Heydrich de préparer une « solution globale » à la question juive dans la sphère d'influence allemande. Cette pièce établit son insertion directe dans l'appareil de persécution et doit accompagner toute lecture centrée sur sa carrière militaire.
| Besoin de lecture | Ouvrage conseillé | Apport principal |
|---|---|---|
| Comprendre une trajectoire complète | François Kersaudy, Hermann Göring. Le deuxième homme du Reich | Biographie documentée et contextualisée |
| Situer les centres de pouvoir | Richard J. Evans, Le Troisième Reich | Fonctionnement politique et social du régime |
| Étudier l'économie de guerre | Adam Tooze, Le Salaire de la destruction | Contraintes matérielles et Plan de Quatre Ans |
| Examiner les œuvres volées | Jean-Marc Dreyfus, Le catalogue Goering | Spoliations, collection et réseaux marchands |
Les procès de Nuremberg ouvrages éclairent sa défense et ses crimes
Les procès de Nuremberg ouvrages les plus utiles mêlent histoire générale, documents judiciaires et témoignages contemporains. Annette Wieviorka, dans Le procès de Nuremberg, explique la création du Tribunal militaire international et les quatre chefs d'accusation retenus. Göring y est condamné pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Les actes du tribunal révèlent un accusé combatif, rompu aux interrogatoires et soucieux de préserver son rang. Il plaide coupable sur certains faits politiques, tout en contestant la qualification criminelle de ses décisions. Condamné à mort le 1er octobre 1946, il se suicide au cyanure dans sa cellule le 15 octobre, quelques heures avant son exécution prévue.
Les Nuremberg Diary de Gustave M. Gilbert constituent des témoignages directs de Nuremberg précieux, mais partiels. Le psychologue de la prison rapporte des échanges avec les détenus et des scènes quotidiennes. Ses notes décrivent des paroles, non des preuves suffisantes à elles seules. Les transcriptions du tribunal permettent de vérifier ce matériau.
La lecture des grands procès gagne à être mise en regard d'autres violences de masse et de leurs traces documentaires. Les livres pour comprendre les attentats du 11 septembre 2001 rappellent, dans un contexte très différent, la nécessité de distinguer archives, récits de témoins et interprétations rétrospectives.
Les sources sur le profil psychologique et les spoliations complètent l'enquête
Douglas M. Kelley, psychiatre américain chargé d'examiner les détenus, publie en 1947 22 Cells in Nuremberg. Jack El-Hai revient sur cette relation dans The Nazi and the Psychiatrist. Ces deux livres nourrissent l'étude du profil psychologique de Göring, de son intelligence tactique, de son narcissisme et de son aptitude à dominer un échange.
Ils ne doivent pourtant jamais transformer la psychiatrie en explication globale des crimes. Les décisions sont inscrites dans des institutions, des ordres écrits et une politique d'État. Les sources historiques à confronter restent les procès-verbaux, les correspondances administratives et les archives de la spoliation.
Sur ce dernier terrain, Le catalogue Goering de Jean-Marc Dreyfus est indispensable. L'historien reconstitue une collection qui compta plus de 1 300 objets, acquise par achats contraints, saisies et transferts issus des territoires occupés. L'ouvrage suit la circulation des biens et les acteurs du marché de l'art, loin du décor anecdotique d'un collectionneur.
Les pillages et spoliations d'œuvres d'art révèlent une politique de prédation liée à l'Occupation de la France et à la persécution des Juifs. La collection sert de boussole pour suivre le passage d'une confiscation administrative à la possession privée. Elle donne aussi une mesure concrète de la place de Göring dans l'économie du vol nazi.
Dans quel ordre lire les livres sur Hermann Göring ?
Un lecteur débutant peut suivre une progression en trois temps. Il commence par Kersaudy afin de disposer d'une chronologie fiable. Il poursuit avec Evans ou Tooze pour mesurer la portée réelle des responsabilités militaires et économiques. Il termine par Wieviorka, Gilbert et Dreyfus, qui resserrent l'analyse sur la justice, les discours de défense et les spoliations.
Les ouvrages de psychologie viennent ensuite. Ils apportent un éclairage sur le comportement du détenu durant les derniers mois, mais ne remplacent pas l'histoire politique. Les biographies de Hermann Göring les plus convaincantes restent celles qui relient la personnalité aux institutions du Reich et aux crimes commis sous son autorité.
Questions fréquentes sur les livres sur Hermann Göring
Quelle biographie de Hermann Göring lire en premier ?
Le livre de François Kersaudy est le choix le plus sûr pour débuter. Son récit couvre l'ensemble de la vie de Göring et donne une place centrale à ses responsabilités politiques. Il convient au grand public déjà habitué aux ouvrages d'histoire assez denses.
Quels livres lire sur Göring au procès de Nuremberg ?
Le livre d'Annette Wieviorka fournit le cadre historique et juridique du procès de Nuremberg. Les carnets de Gustave M. Gilbert complètent cette lecture par les propos recueillis dans la prison. Les deux approches doivent être lues ensemble, car l'une analyse le tribunal quand l'autre restitue l'atmosphère de détention.
Pourquoi Göring est-il considéré comme l'un des principaux responsables nazis ?
Il dirigea des institutions décisives du régime, dont la Luftwaffe et le Plan de Quatre Ans. Son ordre du 31 juillet 1941 à Heydrich le relie directement à la préparation administrative de la politique d'extermination. Son rôle dans la spoliation des biens juifs et des œuvres d'art renforce encore cette responsabilité.
Existe-t-il un livre sur Albert Göring ?
Oui, James Wyllie a consacré The Man Who Would Be Good à Albert Göring, le frère cadet. Le livre examine les aides qu'il aurait apportées à des personnes persécutées, ainsi que les zones d'incertitude des témoignages. Cette trajectoire familiale ne modifie en rien les crimes imputables à son frère.
Lire Göring exige donc de tenir ensemble l'homme, les structures du pouvoir et les victimes de la politique qu'il a servie. Les meilleurs ouvrages ne cherchent ni à le caricaturer ni à l'absoudre : ils établissent les faits, leurs chaînes de décision et leurs conséquences.


